6. Quand la mer monte

6. Quand la mer monte

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Il y a des soirs comme cela où l'on se perd dans l'illusion que ce que nous sommes n'est pas important pour le reste du monde, que notre existence n'a aucune raison d'être. C'était un de ces soirs qu'il vivait. Bien sûr, comme tout le monde, il lui arrivait de se demander quelle était sa place ici-bas. Comme tout le monde, il avait des craintes, des rêves, des problèmes, des envies. Mais malgré toutes ces questions, malgré tout cela, rien ne pouvait l'empêcher de penser à elle. Plus d'un mois s'était écoulé depuis qu'il avait croisé son regard, et pourtant, il y pensait encore. Des filles, il en avait vu avant. Des regards, il en avait partagé avec d'autres fleurs. Des dizaines. Des centaines. Peut-être même des milliers. Mais aucune n'avait jamais eu ce parfum si délicieux. Ce parfum si doux et si marquant qui s'était imprégné avec tant de facilité et de ténacité dans sa mémoire. Tout prenait sens à ses yeux. La couleur du ciel à 5h20 du matin lorsque le soleil se levait doucement. Le goût de son chocolat sucré. La lumière de sa lampe de chevet lorsqu'une idée débarquait brusquement sans frapper dans les circuits de son cerveau et qu'il devait transcrire cette inspiration sur le papier. Tout prenait sens à ses yeux bleus d'enfant pressé de connaître à nouveau le bonheur. Il faut dire que cela faisait un moment qu'il n'avait pas été aussi heureux. Depuis cette époque lointaine à dire vrai, où il vivait le parfait amour durant ses années lycées. Les plus belles parait-il. Mais depuis quelques temps, il n'avait jamais réellement revécut ce bonheur. Cette peur. Cette peur qui vous tape la tête et vous noue le ventre. Cette peur de perdre quelqu'un. De se perdre soi-même également. Il l'avait frôlé parfois. Il avait vécu de jolis moments, mais ce n'était jamais le même bonheur, ou en tout cas, pas au même niveau. Il fallait que tout cela change. Cette fois, tout serait différent. Il savait qu'il ne pouvait pas la laisser partir. Il devait la retrouver, à n'importe quel prix. Parce que rien ne s'obtient jamais sans mérite. Le hasard et la vie avaient fait en sorte de la placer sous ses yeux le temps d'une soirée, et c'était à lui de faire le second pas qui l'amènerait vers elle. Seulement, étant incapable de le faire lors de ce fameux soir, il n'avait à présent plus qu'à lui courir après, en espérant qu'elle ne s'en aille pas trop loin. Il ne doutait plus une seule seconde qu'il y parviendrait. Quelque soit le prix à payer. Alors qu'il était allongé dans cette immense toile d'araignée qui se trouvait à proximité de ce grand parc près de chez lui, il ne pouvait s'empêcher de regarder le ciel en ce soir d'intense réfléxion. Comme à son habitude, il adorait regarder ce ciel qui l'inspirait tellement. Qu'il fasse nuit. Qu'il fasse jour. Quelque soit le temps, il ne pouvait s'empêcher de rêver aux nuages, aux étoiles, aux orages. Des millions de pensées lui traversèrent l'esprit. Puis une d'entre elle lui vint, presque naturellement, et brusquement, il prit du recul sur tout ce qu'il vivait. Il se rendit compte que lorsqu'il avait débuté son périple, la mer était encore à marée basse, et que par conséquent, il avait encore pied. Tout semblait accessible. Vaste. Dans cet océan de faux-semblant, d'incertitudes, il ne pouvait finalement y avoir que des certitudes, à condition qu'il parvienne à nager dans la bonne direction. Evidemment, les semaines passant, il se rendit compte que la mer n'avait jamais cessé de monter, recouvrant petit à petit cette immense plage de sable fin ainsi que les galets gris précédant la digue. Plus la mer montait, plus la fin se rapprochait. C'était un de ces soirs où il prit conscience qu'il ne pouvait plus reculer. Qu'il ne pouvait plus s'arrêter de nager, parce que la mer montait tellement qu'il n'avait désormais plus pied. Il devait nager jusqu'à elle. Jusqu'à cette fille. Et même si la route menant au bonheur ne semblait pas tout à fait tracée, il sut qu'il devait la créer de ses propres mains. Quand la mer monte, il n'y a parfois plus aucune issue, si ce n'est celle que l'on s'invente pour retrouver la terre ferme. Le bonheur n'est pas une donnée mathématique que l'on peut trouver facilement par un vulgaire calcul. Le bonheur n'est pas une couleur que l'on peut aisément obtenir en mélangeant plusieurs teintes. Le bonheur, c'est bien plus que tout cela. Le bonheur, c'est précisément ce qu'il vécut l'autre jour, par un bel après-midi ensoleillé, lorsque, passant en voiture dans cette petite rue piétonne, il la revit.



To Be Continued....
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©Love Story

# Posté le dimanche 13 juillet 2008 08:26

Modifié le dimanche 05 avril 2009 10:40